samedi 21 janvier 2006

Réaction à l'appel de Mourad Dridi de dissoudre CILMA

La question soulevée par Mourad Dridi n’est pas une question facile à aborder, et il est plus que compréhensible que cela puisse susciter des interrogations aussi bien de la part de ces défenseurs que de ceux qui espèrent voir Maître Abbou libre. D’ailleurs il est plus que normal qu’il continue à faire parler de lui, son incarcération injuste et les traitements inhumains qu’il subit dans les geôles de la dictature, sont la préoccupation de tous ceux qui rêve d’une Tunisie libre. Liberté que maître Abbou, mais d’autre aussi, revendiquent de toutes leurs forces.

Ce pendant une chose semble évidente, et je suis sur qu’elle l’est pour sa famille et les membres de son comité de soutient international : le régime a fait une erreur monumentale en s’attaquant ainsi à Mohamed Abbou. Par un pur hasard je me trouvait au sein du plais de justice de Tunis le jour de son premier jugement (29-04-2005) et j’ai pu assisté partiellement au déploiement impressionnant et démesuré des forces de police. Ce déploiement disproportionné pour un procès de « droit commun », ne montre qu’une chose à mes yeux : la peur tangible d’une identification des tunisiens dans le cas de Abbou. Une pure que son cas devienne le symbole de la lutte d’un citoyen face au régime. J’ai également assisté aux premiers jours de la grève de la faim et le déploiement policier n’était pas du tout aussi impressionnant ni de même nature. La présence de membres de partis politiques est à mon avis l’une des raisons de cette différence de traitement.

Mais comme à son habitude le régime ne mesure qu’après coup les erreurs qu’il commet, et puisque la logique d’une dictature n’est forcément pas la même que celle du commun des mortel, même conscient de cette erreur le régime ne cédera jamais sous la pression, surtout si cette pression émane d’une formation politique tunisienne déclarée. Ceci est d’autant plus vrai dans le cas ou, cette dernière se cache derrière une façade humanitaire.

Ce qui fait la force du symbole du cas Abbou c’est son appartenance à la société civile. C’est justement le fait que c’est un avocat, défenseur des droits des victimes de l’arbitraire et qui subit à son tour l’injustice et l’incarcération du ceux qu’il combat. La force du cas Abbou c’est qu’il représente le citoyen tunisien face à la machine destructrice et infâme de la dictature. Le tunisien peut aisément se reconnaître dans le combat de Maître Abbou, mais ceci est beaucoup moins évident s’il s’agissait de se reconnaître dans le combat d’une formation politique. Le cas de la grève de la faim est encore la pour nous rappeler que ce qui à fait sa crédibilité, est incontestablement la présence de personnalités de la société civile, tel que le juge Yahyaoui.

Pour toutes ces raisons je pense que, et ce n’est que mon humble avis, que le meilleur soutient de Maître Abbou c’est d’une part L’AISPP et d’autre part Mme Samia Abbou soutenu par une adhésion populaire qui ne peut dans ces conditions qu’être acquise.

Concernant le dernier post et/ou communiqué de CILMA, il s’y dégage une certaine mauvaise foi que je ne comprends vraiment pas. Interpréter l’appel de Mourad Dridi comme un appel à s’humilier devant la dictature est une manœuvre qui montre malgré tout, que le cas de Maître Abbou est malheureusement pour certains, belle est bien, une sorte de fond de commerce. Cette politique du pire qui consiste à préférer l’empoisonnement de la situation qu’une réflexion sérieuse sur les moyens pragmatiques et efficaces pour libérer maître Abbou.

Pour terminer, je pense que la dignité de maître Abbou est dors et déjà garantie par son propre combat et n’est tributaire ni du régime, ni de ces défenseurs et cela sans considération de la manière par la quelle il sera libéré. Je rajouterais également que tous les défenseurs des libertés à travers le monde, ont négocié d’une manière ou d’une autre avec leurs geôliers, et que cela n’a rien enlevé à la légitimité de leurs revendications.

Espérant enfin, que le mythe du martyre n’aveuglera pas ceux qui de bonne foi, constitueraient un obstacle à la libération de Maître Abbou. Libération que nous souhaitons tous de tous nos coeurs.

2 commentaires:

  1. salut el Ansari. en politique, il faut savoir parfois faire des concessions tactiques pour mieux se positionner sur des questions stratégiques. chose que l'opposition tunisienne n'a pas compris parce qu'elle manque d'une stratégie claire à mon avis. alors elle essaye de répondre au tac ao tac: à un emprisonnement, il faut impérativement un comité de soutien, comme si les choses était si mécanique que ca. J'ai lu le texte de Mourad Dridi et je ne trouverai pas mieux à dire que ce que disait Aron à son ancien ami Sartre: "en politique, on a souvent tort d'avoir raison trop tôt".amitiés.

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  2. Salut Dhirar,

    Malheureusement ce que tu dis est tellement vrai! Je ne pense pas que Mourad détienne la vérité absolue, mais je pense qu'il a la bonne approche des choses.

    Le système en place en Tunisie est loin d'être un "machin" archaïque d'un autre temps. Il est d'aujourd'hui ; il vie avec son temps, il utilise les meilleurs technologies ; il travail avec les meilleurs consultants ; il à intégré à son sein, l'élite de la jeunesse tunisienne, directement ou indirectement. Comment, l’opposition Tunisienne, peut elle, aujourd’hui, espérer présenter aux tunisiens une alternative à se système, si elle se bat avec des méthodes archaïques ? Si elle continue à faire fuir la majorité écrasante des tunisiens, qui lui préfèrent de loin le système actuel ? Comment veux tu… Bon je m’arrête, il y a des sujets qui fâchent en se moment…

    C’est un grand problème, on aura certainement l’occasion d’en discuter… autour d’une tasse de café peut être…

    Amitiés,

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