lundi 6 février 2006

Petits calculs entre amis

Les caricatures « blasphématoires » parues le 21 Janvier dans le journal danois Jylands-Poster mettant en scène le prophète Mohamed, ont provoqué et provoquent encore, un tollé dans les rues musulmanes et une crise diplomatique aigue entre la Norvège et le Danemark d’un coté et les pays arabo-musulmans de l’autre. Une crise qui prend une dimension internationale pour se transformer en un affrontement arabo-occidental. Du pain béni pour tous ceux qui nous prédisent la guerre des civilisations et une occasion de plus pour nos dirigeants de manipuler à volonté les sentiments de la rue de nos sociétés musulmanes. La légitimité de l’indignation des musulmans dans le monde n’est bien sur pas à contester. Il ne s’agit donc point de mettre en cause la sincérité de leurs réactions, mais en dépassant la question des susceptibilités individuelles ou communautaires, il devient évident que cette opération médiatique est le fruit d’une campagne savamment orchestrée par les uns et les autres chacun selon son intérêt et chacun selon son petit calcul d’épicier.

Il n’est pas à rappeler que pratiquement 5 mois avant l’appel de l’union internationale des Oulémas musulmans de boycotter « les produits et les activités danoises et norvégiennes » la première publication des caricatures incriminées dans le journal norvégien Magazinet est passée presque inaperçue. Ce n’est donc qu’après le refus des autorités norvégienne et danoises de présenter des excuses officielles après la republication des caricatures par le Jylands-Poster, que la machine c’est rapidement emballée. Refus, prévisible, qui tombait à-pic dans un contexte géopolitique spécifique qui n’a pas échappé aux dirigeants des pays arabo-musulmans qui se sont allégrement engouffrés dans la brèche pour faire de cette polémique un vrai cheval de batail. Il est alors aisé de comprendre les motivations sous-jacentes et peut être même principales, des uns et des autres. Sur fond de crise nucléaire latente et d’élections législatives palestinienne mouvementées, la crise actuelle ressemble dans les faits à un bras de fer stratégique et des manœuvres qui relèvent de la politique intérieure et internationale des pays arabes et musulmans protagonistes de cette affaire.

L’un des premiers pays à réagir officiellement depuis la date de la republication des caricatures, est l’Iran. L’Iran qui, justement, se trouve être sous les feux de la critique internationale pour la reprise de son programme nucléaire et cela contre l’avis de AIEA. Les critiques se sont d’ailleurs intensifiées durant le mois de janvier avec la menace d’une résolution au conseil de sécurité de l’ONU. L’Europe qui menait, jusqu’alors les négociations, a finalement réussit à isoler l’Iran en ralliant à leur cause la Chine et la Russie, alliées stratégique de cette dernière. Situation qui a obligé les autorités Iraniennes à se préparer à l’éventualité de faire face à des sanctions économiques en transférant leurs avoirs européens dans des banques « sûres » et en augmentant leurs réserves stratégiques en pétrole qui sera sans aucun doute un point crucial dans ce bras de fer. Bien que 4éme producteur mondial de pétrole, l’Iran ne pourra pas se passer des pétrodollars très longtemps que ce soit pour sa propre économie ou pour continuer à financer son coûteux programme d’enrichissement de l’uranium. La situation actuelle risque donc d’avoir des répercutions désastreuses sur les finances du pays et surtout sur ceux du peuple Iranien. Les plus modérés au sein du pouvoir, craignent les conséquences de cette radicalisation de la position officielle de leur pays et redoutent le mécontentement du peuple iranien suite à des éventuelles sanctions économiques de la part de L’ONU qui isolerait encore plus le pays alors que dans sa majorité, la rue Iranienne, est favorable à une normalisation des relations avec la communauté internationale. Le président Iranien, ne pouvait pas mieux trouver comme occasion pour galvaniser le moral du peuple et obtenir ainsi son soutient inconditionnel à sa cause. En politisant cette crise et en présentant les européens en particulier et les occidentaux en générale comme ennemis des musulmans, il s’assure le soutient de la rue et marginalise par la même occasion ceux qui appellent à la modération et à la négociation. D’un autre coté, en faisant cause commune avec les pays arabes et notamment l’Arabie Saoudite, Les dirigeants iraniens en profitent pour améliorer leurs relations avec leurs frères dans l’islam et espérer ainsi les rallier à leur cause dans le dossier du nucléaire surtout que ces derniers redoutent secrètement, les avancées du programme iranien. Un tel rapprochement permettrait en effet de dissiper leurs peurs quant aux ambitions iraniennes dans la région en rappelant au pays arabes qu’ils sont, malgré leurs différents historiques, dans le même camp.

Un autre fait marquant, confirme le manque de sincérité et la manipulation politicienne - pour ne pas dire populiste - de certains acteurs de cette campagne, à savoir la réaction démesurée des groupes armés palestiniens proches du Fatah et à leur tête les Brigades d’El Aqsa. Depuis le début de cette polémique les groupes et corpuscules armés ont rivalisé de rhétoriques guerrières et de parades spectaculaires qui ont largement contribué à alimenter la colère de la rue palestinienne. Les hostilités ont commencé avec les appels au boycotte des produit danois et norvégiens pour évoluer crescendo et arriver aux menaces de mort envers les ressortissants européens surtout après les publications des dites caricatures dans certains journaux français en solidarité avec leurs confrères scandinaves. La mission de l’union européenne a même été contrainte de fermer, encerclé par des homme en armes proche du Fatah. Devant ces manifestations de colère, la réaction du Hamas, grand vainqueur des dernières législatives, semble être mesurée et même assez prudentes, surtout connaissant leurs rhétoriques habituelles dans tels circonstances. le Hamas, selon toute vraisemblance, joue la carte de la prudence alors que les regards sont focalisés sur lui, le Fatah quant à lui, et par l’intermédiaire des ces brigades armées profite de la situation pour reconquérir la rue palestinienne. Discrédité lors de ces élections et traînant une réputation de vendu aux occidentaux, le Fatah joue la fibre patriotique et se positionne en défenseur de l’islam et des musulmans. Apres avoir perdu le soutient populaire des palestiniens, il tente de paraître plus proche de leurs préoccupations. Le Fatah, espère également user de cette crise comme un argument dans les négociations entre l’autorité palestinienne et les instances européennes concernant le dossier des aides au budget et au développement, mais aussi dans les négociations avec le Hamas pour la formation du nouveau gouvernement.

Mais la palme d’or de l’opportunisme et de la mauvaise foi, est récoltée, haut la main, par les dirigeants des républiques bananières et autres pétromonarchies arabes qui rivalisent de mesures spectaculaires comme le rappel de certains ambassadeurs et la menace d’annulation de contrats commerciaux avec les pays « incriminés ». Les portes paroles de ces pays arabes ne tarissent pas de reproches et d’indignations à l’encontre des dirigeants et officiels de la Norvège, du Danemark et dernièrement de la France. C’est la ou leurs manœuvres pathétiques révèlent des arrières pensées politiciennes. Quelle occasion plus propice pour amadouer leurs peuples qui ont entièrement perdu confiance dans les bonnes intentions de leurs gouvernants. En adressant leurs reproches et leurs demandes d’excuses officielles, les dirigeants arabes offusqués s’avaient pertinemment que la réponse naturelle des officiels occidentaux et de refuser. Comme si les politiques dans les pays ou la liberté d’expression est une valeur sacrée, pouvait dans les faits imposer aux médias une ligne de conduite. On choisissant la voie officielle les dirigeants arbes voulais pertinemment l’empoisonnement de la situation. Aussi incroyable que cela puisse paraître l’embrasement actuel des rues arabo-musulmanes a été, selon toute vraisemblance, espéré et même prémédité. On se basant sur le principe par le quel ils ont toujours gouverné : le désordre appel à l’ordre et l’ordre justifie les restrictions. Ce n’est donc pas pour rien que la rhétorique utilisée est une attaque en règle contre la liberté d’expression qui représente – chose qu’il ne faut pas oublier – leur pire ennemi. Cette « affaire » des caricatures a été une aubaine pour ceux qui sont les ennemis de l’émancipation de leurs peuples. Elle donnera sûrement des arguments nouveaux pour des nouvelles lois liberticides et à encore plus de restrictions dans la liberté de la presse. En adaptant cette position les dirigeants et monarques arabo-musulmans, espèrent également, jouer sur le terrain des extrémistes religieux qui prennent de plus en plus de place dans les sociétés arabes. En employant le lexique, communément utilisé par ceux qui espèrent la guerre idéologique et des fois militaire contre l’occident, ils espèrent reprendre la main dans des sociétés de plus en plus fanatisées. Radicalisation, dont ils sont en grande partie responsable par la restriction des champs des libertés pour une expression religieuse apaisée, en harmonie avec notre époque.

Alors que la voix de la raison aurait appelé à une protestation citoyenne pacifique en ayant recours à la justice de ces pays, seule apte à juger du caractère blasphématoire ou insultant de ces caricatures, pour interdire ces publications, les brillants esprits qui nous gouvernent ont encore une fois préférer la démagogie et le populisme malsain. En faisant croire à leurs ressortissants que cette crise est une crise politique, ils montrent encore une fois le mépris qu’il ont pour la justice qui seul définie le champs des libertés de chacun. En utilisant la frustration et la peur de leurs peuples pour des fin politiciennes et des fois même criminelles, ils révèlent s’il fallait encore le découvrir, leur manque de scrupule et le peu d’intérêt qu’ils ont pour la pacifications de nos sociétés qui sombrent de plus en plus dans la radicalisation et le fanatisme. Après plus de 15 jours de violence démesurée et de déversement de haine incontrôlé dans le monde musulman, et alors que les derniers événements au Liban confirme l’escalade dangereuse pour cette région déjà sinistrée par la dictature, le fanatisme et la guerre, les conséquences définitives de cette crise laisseront une plaie béante dans nos sociétés qui s’ajoutera aux stigmates sanglants qui scarifient déjà les sociétés arabo-musulmanes.

2 commentaires:

  1. Bravo, je te tire mon chapeau.

    RépondreSupprimer
  2. Anonyme1:37 PM

    tres bonne analyse, je suis entierement d'accord et ce genre de message qu'il faut diffuser en ce moment ...
    Merci

    RépondreSupprimer

Last updates